Grégory Ronot : automobile, art et passion

Artiste au coup de pinceau plus sûr que les coups de volant de Lewis Hamilton et au maniement du crayon plus audacieux que les dépassements de Ricciardo, Grégory Ronot est un illustrateur passionné de F1 et d’automobiles en général. Cela faisait un moment que je le suivais sur les réseaux sociaux et que nous discutions en toute simplicité. Je me devais de l’interviewer pour mieux connaître la personne et l’artisan passionné.

L’interview

Cher Grégory, peux-tu, s’il te plaît, te présenter aux lecteurs en quelques mots ?

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At work 📷@typhaineheels

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Je suis Grégory Ronot, j’ai 40 ans (et oui, déjà), je suis né à Dijon et je n’ai jamais quitté la Bourgogne puisque depuis quelques années, je vis dans l’Yonne (89). Après des études de Droit, j’ai bifurqué dans l’enseignement, une véritable bulle pour moi car je peux dessiner sur de longues plages-horaires. Je suis père d’un petit garçon de 9 ans et en couple depuis plus d’un an !

Quand as-tu commencé l’art ? Et comment ça t’est venu ?

On dit toujours qu’on commence dans les marges de nos cahiers d’école. C’est assez vrai pour moi, même si je me souviens, qu’enfant, une institutrice m’avait dit un jour « j’espère que personne n’achètera tes dessins si tu continues comme ça ! ». On s’est croisé depuis, elle avait su entre-temps quels métiers je faisais et on en a ri ensemble ! Puis, plus grand, j’ai dessiné des affiches pour des soirées étudiantes. C’est comme ça que j’ai commencé à me faire connaître.

Porsche - Grégory Ronot

J’ai toujours baigné dans le milieu du sport automobile car c’est une histoire de famille ! Alors, dessiner des autos fut quasiment une logique imparable quand j’ai su que je pouvais faire quelque chose de mes dessins. Mon père m’ayant acheté dès l’âge de 8 ans les BD Michel Vaillant, l’inspiration ne fut pas trop difficile à trouver.

J’ai eu aussi la chance de recevoir des coups de fil sympas, notamment Disney France à Montreuil, Renault F1, Sébastien Loeb et de Yvon Amiel, créateur d’Antoine le Pilote pour une collaboration fructueuse.

Quelle est ta première œuvre ? Par extension, quelle est celle que tu considères comme étant ton premier chef-d’œuvre ?

Ayrton Senna - Grégory Ronot

Mon premier « chef-d’œuvre » fut un énorme dessin fait aux feutres (je ne me souviens plus des dimensions exactes mais cela devait être du 80X40) d’Ayrton Senna en 1993. C’était un gros plan, Senna à l’attaque à la sortie des Esses de la piscine à Monaco dans sa McLaren-Ford. Un ami de mes parents, fan d’Ayrton, était venu à la maison un soir et « bavait » littéralement sur ce dessin. Je lui ai offert avant de partir et j’avais l’impression d’avoir été le Père-Noël ce soir-là ! J’ai réalisé à ce moment précis qu’avec une feuille et des crayons, on pouvait faire plaisir à ses proches (puis par la suite à d’autres personnes). J’ai toujours gardé ce moment dans un coin de ma tête. Depuis, Ayrton et notre ami ont disparu, ce qui rend l’anecdote encore plus spéciale.

Si tu devais choisir un et un seul de tes dessins pour te représenter, lequel serait-il et pourquoi ?

Jules Bianchi, regard - Grégory Ronot

Alors, je vais tricher un peu car il est difficile pour moi de choisir un seul dessin ! Je réalise une collection appelée « Regards » qui me touche particulièrement. Quand j’étais plus jeune, je regardais longuement les photos prises en gros plan sur l’attitude des pilotes. Les yeux parlent beaucoup et quand je dessine ces portraits, je leur parle aussi. C’est un moment intime, une relation mystique entre le modèle et moi. On se raconte plein de trucs, mais ça, je le garde pour moi !

Qu’est-ce qui t’inspires le plus ? Dans le sens, outre le simple domaine de l’automobile, qu’est-ce qui te donne envie de te lancer dans un projet, une illustration ? Par exemple, pour moi, je trouve cette œuvre hyper touchante, je suppose donc qu’il y a eu une certaine émotion lorsque tu as réalisé ce dessin.

Oui, l’élément émotionnel joue beaucoup dans le choix d’une illustration. Quand Jules a eu son accident, on a vite compris que c’était plus grave que prévu. Puis, il est parti l’été suivant et la victoire de Vettel fut un très grand moment de sport. On connaissait Jules par le biais de mon petit frère qui bossait en Formule Renault. On réalise souvent trop tard que les sports mécaniques sont encore dangereux même si pour le cas de Bianchi, la faute personnelle en est sûrement pour quelque chose (mais c’est un autre débat).

Vettel, hommage à Bianchi - Grégory Ronot

Une illustration réussie est une illustration chargée de frissons et d’émotions. Je me nourris alors du contexte, de l’historique et ma part de créativité vient faire le reste ! Il m’arrive parfois en pleine nuit d’avoir une idée. Il faudrait peut-être que je mette un carnet sur ma table de nuit.

Tu avais décrit ton processus de création pour une BD dans une story Insta. Aurais-tu un timelapse d’un de tes dessins ? Procèdes-tu de la même façon pour toutes tes illustrations ou y a-t-il des différences selon le style, la support ou encore le sujet ?

Encore une fois, l’élément émotionnel entre en jeu donc je n’ai pas toujours le même modus operandi ! Mais, la plupart du temps, je crayonne la mise en page sur une feuille de brouillon. Un dessin assez sommaire au départ (un pavé pour la voiture, des traits dynamiques pour les éléments de décor). Quand je suis satisfait de ça, je réalise sur une feuille de la taille originale, le crayonné assez précis au crayon bleu (si la feuille est du A4) et j’encre directement dessus (le scanner fait alors disparaître comme par magie le bleu et ne garde que le noir). Pour un dessin de plus grande taille, j’utilise ma table lumineuse et je place ma feuille définitive sur mon crayonné (j’ai alors deux feuilles distinctes).

La mise en couleur se fait à la main (ce qui est assez rare sauf pour des commandes personnelles précises) ou par logiciel informatique.

Ne parlons donc pas de mon processus quand je travaille pour des entreprises où l’élément « urgence » entre trop souvent en jeu !

Un peu de F1 : pour qui est Grégory Ronot ? Ecurie et pilote (passé, présent).

Ayant des origines italiennes, tu devineras que j’ai Ferrari dans mon coeur. Mais je pense que quand on est fan d’un sport, on est fan de tous ces acteurs ! Ils sont actuellement 20 à pouvoir piloter une F1 dont je suis incapable. Donc, pour moi, ce sont des héros des temps modernes. Il y a quand même parfois des pilotes qui pourraient sûrement laisser la place à d’autres plus talentueux mais c’est la vie.
Bon j’avoue avoir pleuré le 11 juin 1995 pour la victoire de Jean Alesi ! Et j’ai eu la chance de lui avoir dit 15 jours après, à Magny-Cours…

As-tu eu des saisons où la F1 ne t’attirait plus ? Au contraire, as-tu une ou plusieurs saisons fétiches ?

Les années dites Schumacher n’ont pas été les plus excitantes. Il avait réussi à atomiser la concurrence pendant des années et je pense que ce fut un cauchemar pour les autres écuries et les fans ! Etre champion du monde en France en juillet 2002, c’est dur pour les autres pilotes quand même !

Lewis Hamilton - Grégory Ronot

Malgré ce qu’on peut dire, j’aime bien les dernières années: battre Hamilton est un véritable challenge et plusieurs tentent actuellement et y arrivent. J’avoue être un super copain de Julien Fébreau qui commente sur Canal +, alors c’est vraiment sympa de regarder les GP (avec ma petite amie qui est sûrement encore plus mordue que moi).

Je reste quand même nostalgique des années 90 où la motorisation était libre. Mais je n’aime pas dire que c’était mieux avant car tous les ans, on le dit ! Alors profitons des moments présents !

Que penses-tu de la saison actuelle ?

On avait peur pendant l’intersaison de ne pas pouvoir s’habituer au halo et lors de la FP2 à Melbourne, on n’en parlait déjà plus ! Cela fait pas mal d’années que la bagarre se fait lors des arrêts aux stands alors qu’on aimerait voir les pilotes se doubler sur la piste (et sans DRS, trop artificiel à mon goût). Je trouve ça dommage, surtout qu’apparemment, les ingénieurs proposent des solutions aéro plus simples pour revoir des batailles épiques. Je suis content de voir RBR venir chatouiller le duel Mercedes-Ferrari et des exploits de Charles Leclerc sur la Sauber (qui n’est plus aussi modeste que cela). Je suis quand même déçu de Romain Grosjean qui s’enlise cette année et de Stoffel Vandoorne qui est un super pilote mais qui, malheureusement, se fait écraser par Alonso.
Je déplore aussi la situation des écuries Williams et McLaren, même si je ne suis pas étonné !

Retombons sur terre (sauf si tu as une F1 en daily) : dans quoi roule Grégory Ronot ?

Dans la dernière Peugeot 308, un bon compromis pour la route de tous les jours et pour partir en vacances ! Bon, c’est un diesel, pas aussi fun qu’une essence.

Si ce n’est pas déjà ta voiture de rêve, quelle serait celle que tu veux posséder ?

Non, ce n’est pas la voiture de mes rêves, heureusement, mais elle plaît à mon fils, fan de la marque, alors tant mieux ! La Ferrari F40 est la voiture ultime pour moi ! Evidemment, ma chambre était tapissée de posters de cette voiture. Et j’ai eu la chance d’avoir pu me faire emmener sur le circuit de Dijon-Prenois, le jour de mes 10 ans dans l’une d’elles ! Je ne voyais pas du tout la piste car trop petit alors l’imagination fit le reste.

Quel est l’artiste que tu aimerais rencontrer ? Ton mentor, ton inspirateur.

J’ai eu de la chance de rencontrer pas mal d’illustrateurs dont Clovis (qui nous a quitté il y a quelques jours) mais aussi Bruno Gazzotti, un auteur de BD (la série Seuls) qui m’inspire beaucoup pour les attitudes et les décors !
J’aimerais rencontrer Zep (l’auteur de Titeuf) car quand je lis des interviews de lui, on a envie de discuter des heures avec lui ! Je l’ai entre-aperçu à Angoulême, il y a quelques années mais c’est tout !

Tu es plutôt gentleman driver ou racer ?

J’avais un kart Rotax Max 125cm³ donc j’ai pas mal roulé avec ! J’ai eu la chance de rouler en auto sur le circuit de Magny-Cours et de Dijon-Prenois ! Mais je suis plus que gentleman, surtout sur la route !

Typhaine, ta femme, semble occuper une énorme partie dans ta vie, qu’elle soit personnelle ou créative. Peux-tu nous en dire plus sur son influence sur toi et tes œuvres ?

On s’est rencontré l’année dernière, ce fut un véritable coup de foudre ! Je dessine beaucoup de femmes (oui, il n’y a pas que les courbes des circuits) et je m’inspire de Typhaine, pas forcément pour le physique, mais pour les attitudes. Je me demande souvent, tiens, que ferait-elle dans cette situation, quelle posture aurait-elle quand elle se maquille, etc.

Elle s’implique aussi beaucoup dans mes choix et me booste, car il peut m’arriver d’être un peu pantouflard pour certaines commandes qui ne me plaisent pas toujours !
Lors de nos sorties « illustrations » (séances de dédicaces, intronisation du personnage Emma Pozzi, etc.), elle est ma muse, ma pinup, mon épaule sur qui je peux m’appuyer !

Dernière question : où en es-tu du projet Emma Pozzi ?

C’est encore tout frais. Emma est née en février dernier. Je la considère comme mon deuxième enfant (plutôt grande, je vais devoir la surveiller avec les garçons, d’ailleurs). Elle doit se faire une place dans ce milieu si misogyne qu’est le sport automobile. Avec son caractère italo-français, je lui fais confiance, elle va pouvoir en montrer à ceux qui la prennent de haut ! Je serai là pour veiller au grain !
Le style graphique est défini, sa biographie validée, il n’y a plus qu’à la faire évoluer dans son milieu ! Elle est intemporelle à l’image de Michel Vaillant et j’espère qu’elle aura autant de succès que lui !
Elle a eu la chance d’aider les 4 mousquetaires (avec Igor Biétry) à réaliser un record avec une Juvaquatre sur le circuit de Montlhéry. Tu vois, elle fait partie du monde vivant.
Elle est blonde, ne boit pas, ne fume pas et a du caractère, donc elle est parfaite (et la comparaison avec ma pinup n’est pas complètement fortuite !).

Merci en tout cas à toi de t’intéresser à ma petite contribution artistique,

Grégory Ronot

Retrouvez Grégory Ronot

Merci à Grégory de s’être prêté au jeu de l’interview via Internet. Ca fait un bon moment que je vois ses œuvres circuler et il me fallait en savoir plus. Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut ?

Sachez que vous pourrez le rencontrer dès demain (samedi 13 octobre 2018) en séance de dédicace sur le circuit Paul Ricard.

Vous pourrez retrouver son superbe travail sur tous les liens suivants :

Grégory Ronot