Feed Racing France, le renouveau des volants

On le sait, le sport automobile coûte très cher. Tellement cher, que si vous n’êtes pas millionnaire ou que vous n’avez pas de soutiens financiers, cela devient très dur pour continuer une carrière, peu importe le talent du pilote. Des parents se sacrifient pour leur enfant, dès le karting, et engloutissent parfois des sommes astronomiques pour au final ne pas pouvoir atteindre un rêve : celui d’être pilote professionnel. Et c’est à eux que cet article est dédié. Ces parents qui mettent toute leur énergie au service du rêve de leur enfant, peu importe les sacrifices humains ou financiers.

C’est de ce constat regrettable qu’est né Feed Racing France. Jacques Villeneuve, champion du monde 1997 de F1, et Patrick Lemarié, ancien pilote essayeur chez BAR Honda, ont ainsi créé ce volant pour redonner la chance de rêver aux talents sans argent – ou presque.

Feed Racing France : le concept

Le concept de cette école de pilotage est de pouvoir redonner de l’équité pour accéder à la première marche du Sport Automobile – ou du moins la monoplace – peu importe l’âge, le sexe, ou la nationalité. Il faudra tout de même une seule condition, quasi évidente, pour participer : ne pas déjà avoir couru en sport automobile sous licence.

Le trophée est simple : un volant dans une bonne écurie de F4 pour une saison pour le/la gagnant(e) et la possibilité de faire ses preuves dans un des championnats les plus relevés d’Europe : la F4 italienne.

L’accession à la F1 enfin à la portée de tous ?

Sur le principe, c’est simple. Cela donne une bouffée d’air frais pour ceux qui ont du talent mais qui ne parviennent peut-être pas à réunir suffisamment de fonds pour passer du karting à la monoplace. Effectivement, le karting coûte déjà très cher. Mais pas que ! Il demande également beaucoup de temps, d’entourage mais aussi de persévérance. De plus, le palier vers la monoplace est encore plus dur à franchir.

Comptez aux environs de 400 000 € et 500 000 € pour avoir votre place dans un top team en F4. Grâce à un tel baquet, vous pourrez jouer les premiers rôles et impressionner le monde du sport auto. Il est clair que vous pouvez aussi décider de dépenser moins d’argent, et d’être avec une écurie de bas de tableau pour environ 200 000 €. Mais finalement, ce serait presque les jeter par la fenêtre tant votre pilote ne fera malheureusement qu’un seul coup d’éclat au mieux. Sans compter que, sans résultat et avec un manque de fonds, le pilote en herbe ne sera pas reconduit. Pire, il sera sûrement remplacé par un fils de millionnaire qui souhaite devenir le prochain Sebastian Vettel. Un cercle vicieux plutôt onéreux, n’est-ce pas ?

Alors oui, vous êtes autant déterminé que votre enfant à réussir et à tenter l’aventure en sport automobile après plusieurs années de karting. Qui plus est, vous êtes certains que votre rejeton en combinaison réglementaire ignifugée a beaucoup de qualités pour réussir dans ce monde impitoyable. Mais vous manquez de capitaux et vous n’avez pas les contacts nécessaires pour avoir des sponsors. Bref, aligner 200 000 € ne relève plus du sacrifice mais du suicide financier. Vous êtes dans une impasse malgré le talent de votre pilote ? Avec Feed Racing, il ne vous faudra que 11 500 € net pour savoir si votre progéniture est un talent qui mérite sa place en F4, voire dans les catégories supérieures. Qui sait ?

Alors, oui, 11 500 €, il faut les sortir. Ce n’est certes pas à la portée de toutes les bourses mais après plusieurs années de karting et de galère, vous voulez en avoir le cœur net sans devoir vous endetter sur 4 générations pour une saison qui ne portera pas ses fruits. Oui cette école de pilotage est faite pour ceux qui ont déjà fait du karting ou qui ont suffisamment d’argent pour se payer ce volant.

Jacques Villeneuve et Patrick Lemarié à la barre

Le ou la gagnante sera entouré de Jacques Villeneuve et de Patrick Lemarié, avec les contacts que cela représente dans le sport auto, sans une obligation de signer un contrat avec eux. En d’autres termes, si vous gagnez ce volant, non seulement vous pourrez jouer le haut du tableau en F4 italienne, mais en plus, si vous faites vos preuves, vous attirerez beaucoup plus facilement les sponsors. Merci le carnet d’adresse de Jacques et Patrick. Sans compter que votre taux d’échec sera vraiment bas.

Eh oui, vous vous battrez contre des talents chez Feed Racing France. Donc le niveau devrait être assez relevé. En sortir vainqueur vous rassurera sur le niveau de votre poulain, qui fera face à quelques gros concurrents en F4 italienne mais avec un niveau peut-être plus hétérogène sur l’ensemble du plateau. En fait le but de cette école de pilotage, c’est que si vous êtes le meilleur dedans, vous serez forcément l’un des meilleurs dehors.

Le talent avant l’argent

C’est ça la beauté de ces volants, de cette tradition de l’école de pilotage. C’est que vous pouvez savoir de façon définitive si votre enfant peut devenir pilote professionnel. Et ceci, à moindre coût, sans vous ruiner. Puis, s’il s’avère être un talent, il en sera un vrai, sans artifice ou édulcorant financier.

Lors de la conférence de presse de présentation de Feed Racing France, le 15 janvier à Paris, Jacques Villeneuve a aussi parlé de détecter un pilote qui soit autodidacte. Et effectivement, en y réfléchissant bien, lorsque l’on fait du karting sans beaucoup de moyens et que l’on fait des résultats, cela demande du talent mais aussi cette capacité à apprendre seul. Se forger sans tous les outils et les entourages des plus privilégiés. En quelques mots : à développer très tôt cette capacité d’adaptation et de débrouille. Et ce don, l’argent ne peut pas l’acheter ! De plus, ce talent inné sert beaucoup plus qu’on ne le pense en sport automobile.

Les deux fondateurs sont à la recherche de cette capacité rare car elle demande une certaine maturité et une propension à progresser.

Cocorico

Pour finir, cette école de pilotage est 100 % française ou du moins, 100 % francophone. Elle est ouverte à toutes les nationalités, certes, mais la F4 “Mygale” mise à disposition est fabriquée en France, juste à côté du circuit de Nevers Magny-Cours.

Et devinez où se déroule ce volant ? A Nevers Magny-Cours ! D’abord sur la piste club pour apprendre le maniement de cette monoplace, puis sur le circuit F1 de plus de 4 kilomètres pour la finale. Ce circuit est encore plébiscité par un bon nombre de pilotes de F1 grâce à son charme de « piste à l’ancienne ». Tout le savoir-faire du sport automobile français est condensé pour le meilleur et surtout, pour servir les talents. L’équité dans ce volant sera scrupuleusement respectée au train de pneumatique près, pour vraiment faire ressortir LE talent de cette compétition.

Comment ça se passe ?

Cette compétition se déroule par élimination et se joue sur le plus impartial des critères : le chronomètre. Pas de course en peloton, simplement celui qui va le plus vite. La démarche est compréhensible, mais on regrettera peut-être le fait de ne pas disputer une course au moins pour voir les talents d’attaque et de défense des participants et leur capacité à résister à cette pression particulière de la durée d’une course.

Observations

Et le sim racing dans tout ça ?

On regrettera aussi le fait de l’absence d’une sélection via du sim racing, ne serait-ce que pour une place. Nous le savons, le sim racing grandit mois après mois et voit émerger des pilotes virtuels qui ont déjà des capacités de base du sport auto. Un des derniers exemples en date est la victoire d’Enzo Bonito face à Lucas Di Grassi à la Race of Champions 2019.

La marche entre le virtuel et le réel est toujours grande et difficile à passer. Mais cela aurait sûrement pu booster la visibilité auprès du grand public (surtout les plus jeunes) et faire parler de ce volant.

Sponsoriser pour pérenniser

Dernier bémol sur ce projet admirable, il risque aussi de manquer un sponsor prêt à financer ce projet. Celui-ci ne repose, pour l’instant, que sur les finances des fondateurs. Ceci permettrait de crédibiliser encore plus le projet mais aussi de suivre un jeune dans une future belle carrière en monoplace.