Alfa Romeo : cinquième force du plateau ?

L’écurie Sauber fait partie de ces équipes dont le nom a marqué la discipline reine du sport automobile. Elle espère aujourd’hui redorer son pedigree grâce à un partenariat renforcé avec le groupe Fiat. La première semaine des essais hivernaux est encourageante.

En 26 ans d’existence, la formation suisse a alterné le bon et le moins bon en Formule 1 … voire le franchement mauvais. Souvent abonnée aux dernières places de la grille, l’équipe a bu le calice jusqu’à la lie en 2014 et 2016. Deux saisons cauchemardesques qui ont mis en péril sa viabilité. Mais cette ombre au tableau ne doit pas faire oublier les prouesses de l’écurie fondée par Peter Sauber. En 352 Grands Prix, Sauber a inscrit 465 points et obtenu 10 podiums, dont le dernier remonte au Grand Prix du Japon 2012.

Depuis l’an dernier, Sauber respire à nouveau. L’arrivée d’Alfa Romeo comme sponsor-titre a sauvé les meubles. Le partenariat, qui comprend une coopération stratégique, commerciale et technologique, permet l’échange de savoir-faire d’ingénierie et de technologie. Mais ce sont surtout les liens qui unissent Alfa Romeo et Ferrari qui attirent tous les regards. Les deux marques appartiennent en effet à Fiat Chrysler Automobiles (FCA).

Il se murmure ainsi que ce partenariat pourrait se renforcer dans les mois à venir. Selon les rumeurs du paddock, le groupe FCA disposerait d’une option pour racheter l’écurie, afin d’en faire sa propre équipe aux côtés de la Scuderia Ferrari. Le PDG John Elkann doit prendre sa décision d’ici l’été. En cas de rachat total de Sauber, c’est une page d’histoire entière qui se tournerait. Jusqu’ici, la vaillante structure helvète a toujours conservé son indépendance. Si ce n’est entre 2005 et 2010, quand Sauber est rachetée par BMW pour fonder BMW Sauber F1 Team.

Des premiers essais encourageants

En attendant, les synergies avec Ferrari se font déjà ressentir. Les analyses issues de la première semaine des essais hivernaux laissent entrevoir un potentiel intéressant. En conséquence, tous les espoirs sont permis. Notamment celui de se positionner comme la cinquième force du plateau.

En quatre journées d’essais, Alfa Romeo a parcouru 2 360 kilomètres grâce aux relais de Kimi Räikkönen et Antonio Giovinazzi. En d’autres mots, cela signifie que l’équipe a déjà atteint 63 % du kilométrage qu’elle avait effectué en 2017 en huit jours. La fiabilité semble donc au rendez-vous du côté de Hinwil.

Mais selon les observateurs présents sur place, ce n’est pas tant la fiabilité que l’efficacité de son aileron avant qui impressionne. La singularité du museau avant de la C38 est même ce qui attire l’œil . Le volet supérieur dessine une courbe en descente (si on regarde de la droite vers la gauche). « Cette pente est même interrompue de manière spectaculaire [au deux tiers en partant de la droite] pour dégager l’espace devant les pneumatiques » explique la F1 sur son site officiel.

Les ingénieurs cherchent de cette manière à diriger le flux d’air vers l’extérieur de la voiture. Objectif : que ce flux chasse les turbulences produites par la rotation des roues.

Comparaison des ailerons avant entre Mercedes, Ferrari et Alfa Romeo en 2019. © F1

Comparaison en caméra embarquée

Et force est de constater que ce concept aérodynamique semble fonctionner à merveille. À cet égard, le tour du circuit en caméra embarquée avec Kimi Räikkönen est frappant. L’Alfa Romeo C38 semble littéralement fixée sur des rails. En témoigne le pilotage du vétéran finlandais qui corrige très peu sa trajectoire. Très stable dans les virages moyens et rapides, la monoplace l’est aussi au moment d’attaquer le freinage.

Un comportement routier qui rappelle celui de la Ferrari SF90, équipée d’un aileron avant similaire. L’autre belle Italienne fait d’ailleurs preuve de la même aisance sur le circuit de Barcelone. La dernière création de Maranello impressionne en effet les observateurs par sa stabilité et son équilibre. Tout comme celle du pilote qu’il remplace à la Scuderia, la caméra embarquée de Charles Leclerc révèle une monoplace au châssis très sain.

Rappelons cependant qu’aucun des deux pilotes n’étaient à fond durant ces tours. Il faudra donc attendre l’Australie pour voir comment se manie les monoplaces lorsqu’elles sont lancées sans retenue.

L’apport technique de Simone Resta

Si la coopération technique avec Ferrari semble porter ses fruits, il serait injuste d’attribuer tous les mérites à la Scuderia. Les deux têtes pensantes d’Alfa Romeo ont joué, et jouent toujours, un rôle crucial dans ce renouveau.

La première figure de proue est Simone Resta, le directeur technique. Personnalité discrète mais respectée du paddock, Resta a commencé sa carrière chez Minardi au département de recherche et développement. Il montera progressivement les échelons, au point de rejoindre Ferrari en 2001 et de devenir designer en chef en 2014 lorsque la direction du cheval cabré licencie Nikolas Tombazis.

Le C.V. de l’ingénieur italien est loin d’être médiocre. C’est à lui que l’on doit une grande partie de la SF70H et SF71H, qui ont permis à Sebastian Vettel de lutter pour le titre mondial. C’es d’ailleurs ce qui aurait pu le motiver à rester parmi l’élite. Mais quand la place de directeur technique s’est libéré à Hinwil, Resta fut séduit par le plan de bataille et décida de mettre fin à 17 ans de bons et loyaux services avec Ferrari pour rejoindre Sauber.

Une pépite pour la modeste formation suisse. En effet, l’italien connaît tous les secrets de fabrication de la SF71H et il ne fait aucun doute que la nouvelle monoplace d’Alfa Romeo bénéficiera de ce savoir-faire (en partie du moins, car les premières ébauches ont été élaborées par Luca Furbatto, avant l’arrivée de Resta).

Le management made in Vasseur

Du côté du management, Alfa Romeo peut compter sur l’indéboulonnable Frédéric Vasseur. Le patron d’écurie français arpente les paddocks depuis des années. Son écurie ART Grand Prix a remporté 8 titres constructeurs en GP3 Series … sur les neuf années d’existence du championnat ! Et 4 titres en GP2 Series en 12 participations.

D’aucuns le considèrent comme l’un des meilleurs managers en sport automobile. Direct et franc dans son approche, il possède cette faculté à placer les bonnes personnes aux bons endroits. Et les amateurs le savent : un directeur d’équipe se consacre moins à la mécanique qu’aux hommes et femmes qui la créée. Les tâches de Toto Wolff chez Mercedes ou de Jean Todt chez Ferrari au début des années 2000 témoignent du rôle fondamental que joue le management dans la réussite d’une équipe.

Chez Alfa Romeo, Vasseur peut en plus se payer le luxe d’évoluer au sein d’une structure qui lui offre ce dont il a le plus besoin : l’autonomie. « On sentait que la structure [Renault] était quelque chose qui pesait à Frédéric, qui a besoin de beaucoup d’autonomie et qui en a toujours eu beaucoup dans sa vie« , expliquait à juste titre Abiteboul, au moment de la démission de Vasseur de chez Renault.

Avec un triumvirat Vasseur-Resta-Räikkönen, ainsi que des évolutions techniques innovantes qui semblent être efficaces, on voit mal comment Alfa Romeo pourrait ne pas rivaliser avec Haas, Racing Point et Toro Rosso. Et pourquoi pas s’imposer comme un acteur de premier plan en milieu de grille.

Petite anecdote pour la route : le meilleur résultat de Sauber dans le championnat du monde de F1 est une 4e place au classement des constructeurs en 2001. Qui n’est autre que l’année où un certain Kimi Räikkönen a rejoint l’équipe. La boucle est-elle bouclée ?

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