F1 Esports Event 4 : Red Bull et Tonizza sacrés !

Cette troisième saison des F1 Esports Series aura été l’une des plus disputées de l’histoire du championnat, nous ramenant, comme lors de la saison inaugurale en 2017, à une lutte pour le titre jusqu’au dernier Grand Prix.

Des rebondissements il y en aura eu, autant que d’histoires sur et en dehors de la piste. Retour sur ce dernier événement de l’année qui a vu Red Bull Racing et David Tonizza remporter les titres constructeurs et pilote.

Frederik Rasmussen, Joni Tormälä & Nicolas Longuet – les trois représentants de Red Bull Racing en 2019.

Une deuxième partie de saison sans appel chez Red Bull

Comme pressenti lors de notre précédent point sur le troisième événement, Red Bull Racing a littéralement dominé la seconde partie de championnat chez les équipes. Elle s’est même offerte le luxe d’acquérir le titre avant même le dernier Grand Prix à São Paulo. Si Frederik Rasmussen a été une nouvelle fois taille patron (remportant coup sur coup Suzuka et Austin, et avec la manière !), c’est Joni Tormälä qui a confirmé son réveil, en étant le meilleur second pilote des quatre équipes de tête.

Au final, c’est l’équipe la plus complémentaire et complète qui remporte donc le titre et les 100 000 USD de gains distribués au vainqueur. Cette victoire est à mettre sur le mérite d’une utilisation optimisée de l’ensemble des membres de la famille Red Bull, Toro Rosso comprise. La team autrichienne est celle ayant montré le plus de constance et aussi d’équilibre en interne sur la saison.

Cette année des F1 Esports a été caractérisée par des équipes en « one man » car. Ferrari en était le meilleur exemple avec Tonizza qui a marqué 100% des points de la team italienne. Red Bull, quant à elle, aura su utiliser les coéquipiers de Rasmussen à merveille.

Seul regret que l’on puisse signaler, celui de ne pas avoir plus vu Nicolas Longuet, qui était l’une des bonnes surprises de cette draft 2019. Le titre aurait pu être acquis encore plus outrageusement cette saison avec le pilote franco-italien, qui n’aura été aperçu que sur Monza, avec une performance mémorable.

Il sera intéressant de voir la stratégie du team pour 2020, puisqu’ils seront positionnés comme favoris en tant que tenants du titre. Un possible changement serait, à la manière de la promotion de Rasmussen vers RBR depuis STR entre 2018 et 2019, de faire passer Longuet chez Toro Rosso en tant que titulaire en 2020. Ceci pourrait être l’occasion rêvée de faire remonter Toro Rosso (bientôt nommée Alpha Tauri) au classement l’année prochaine. Cette manœuvre faciliterait encore un peu plus la conquête d’un second titre pour l’écurie mère. Bref, à suivre !

Ferrari et Renault en perte de vitesse font les affaires d’Alfa Romeo

Si Red Bull aura su rehausser son jeu en cette deuxième partie de saison, cela aura aussi été le cas d’Alfa Romeo. La squadra milanaise a en effet remporté 3 des 6 dernières manches du championnat (toutes acquises par Daniel Bereznay). L’écurie manque le hold-up de quelques points pour finir vice-championne du monde, et se contente de la troisième place finale chez les constructeurs.

A l’opposé, Ferrari et Tonizza ont perdu de leur superbe au fur et à mesure de l’avancée du championnat, capitalisant sur l’avance acquise lors des deux premiers événements. En effet, Tonizza n’a pas remporté une seule course des 7 dernières manches du championnat et ne sera monté que trois fois sur le podium sur ce même laps de temps. Mais sa régularité aura fait la différence. Il est en effet le seul pilote de la grille à n’avoir fait aucun score vierge. Si ses performances au Japon et USA ont failli lui coûter le titre, il aura su rehausser son jeu pour la dernière manche à São Paulo. Cette performance a été aidée, il faut le dire, par un Rasmussen victime d’un pit très long au Brésil.

Daniel Bereznay, homme fort de cette seconde partie de saison.

Chez Renault, après des événements 2 et 3 convaincants, on a senti la limite des jaunes et noires sur cette finale. Un peu juste pour réellement monter au top sur cette fin de saison, Opmeer est passé quelque peu à côté quand Weigang a ramené quelques points, pas suffisant pour contenir la remontée d’Alfa Romeo. Opmeer perd d’ailleurs aussi le podium chez les pilotes au profit de Bereznay sur la dernière course. Sentiment d’amertume donc chez Renault, même si la progression est très nette par rapport à 2018 où ils avaient terminé derniers.

Il reste donc du travail à faire, mais les quatre équipes s’étant battues pour le titre devraient de nouveau être aux avant-postes en 2020. La draft pourrait être un élément clé de leur futur succès.

Photo de promo. Certains changeront de couleurs, d’autres arriveront et certains ne seront plus dans le paddock. La silly-season va être un des moments-clés de 2020.

La bataille a fait rage dans le peloton : Williams versus McLaren versus Racing Point

Si devant, la bataille a fait rage, le midfield était encore plus serré. A ce petit jeu, c’est Williams Esports et notamment Alvaro Carreton qui se sont révélés ! Le jeune espagnol avoue lui-même avoir changé son approche psychologique avant d’aborder ce dernier round et cela semble avoir porté ses fruits ! Il est le pilote ayant scoré le plus de points sur les trois dernières courses, derrière Frederik Rasmussen.

Il faut dire qu’avec une pole à Suzuka, un podium à São Paulo et des points solides aux USA, Carreton aura mené l’équipe Williams Esports à meilleure des autres, ex-aequo avec McLaren Shadow qui a aussi inscrit son premier podium avec Enzo Bonito aux USA.

Racing Point – une énigme cette saison.

Les perdants sont Racing Point et bien évidemment Mercedes. Si Lucas Blakeley aura fait quelques étincelles à Suzuka avec une très bonne stratégie lui permettant de décrocher une seconde place pour Racing Point, rien ne va plus en interne. Marcel Kiefer, pourtant leader de l’équipe a été mis sur le banc pour tout le dernier événement.

En toute transparence, ceci me rappelle étrangement une situation déjà vécue par le leader de la saison dernière, Fabrizio Donoso. A croire que chez Racing Point, gagner des courses : cela dérange. En tout cas ce sont plusieurs dizaines de milliers de dollars qui se sont envolés pour les roses et bleus sur ces dernières courses.

Shields et Krutyj n’auront pas été au niveau pour aider Leigh et sauver le navire Mercedes cette année.

Chez les flèches d’argent, la mine n’était clairement pas non plus au beau fixe, même s’il faut créditer Brendon Leigh d’une saison en demi-teinte mais honorable. En effet, malgré son absence en haut des classements, il termine tout de même dans le top 5 chez les pilotes et aura été l’un des meilleurs en peloton. Il aura en effet été l’un de ceux ayant gagné le plus de positions par rapport à sa place de départ sur la grille.

Pour autant, au contraire de RBR/STR, l’alliance Mercedes/RP n’aura quasiment jamais vu le jour et Krutyj comme Shields ne sont pas au niveau d’une telle compétition. Il va y avoir du remue-ménage cet hiver, puisqu’on est passé de héro à zéro. Pilotes, prestataires de service, une petite révolution est à attendre chez les allemands ou 2020 pourrait être un désastre encore plus important.

Patrik Holzmann – Vainqueur du DHL Fastest Lap Award.

Enfin on peut noter le titre du DHL Fastest Lap de Patrik Holzmann, maigre consolation d’une saison décevante pour le pilote allemand.

Du côté de chez Haas, rien à signaler, aucun point marqué depuis la seconde manche du championnat. Ils seront les premiers à la draft l’année prochaine, mais les pilotes pressentis en tête de liste pourraient tenter de trouver des contrats avant la cérémonie histoire d’échapper à l’écurie américaine qui ne semble pas avoir la cote chez les pilotes.

David Tonizza – Champion du monde dès sa première saison.

Des audiences au beau fixe

Nous avons revu à peu près toutes les teams et qu’en est-il des audiences de ce championnat ? La F1 a publié un communiqué, annonçant avoir atteint un record d’audience en ligne (tout réseau cumulé) avec 5,5 millions de viewers sur la totalité de la saison. Un chiffre en nette hausse puisqu’il ne comporte pas les audiences télévisuelles.

Mais en toute transparence, ce chiffre brut n’a pas grande signification au-delà de montrer que l’audience des F1 Esports est en nette progression et que la stratégie de Liberty Media commence à payer. Le plus intéressant est de comparer virtuel et réel, comme je vous en avais fait part dans notre bilan du premier round des F1 Esports.
Histoire d’être plus digeste que notre précédente parenthèse maths et stats (après tout, ce sont les vacances), voici quelques graphiques illustrant mon propos.

A noter que l’ensemble des chiffres ont été pris sur la chaîne YouTube officielle de la F1, entre les 27 et 28 décembre 2019, si vous tentez donc de reproduire la comparaison de votre côté, il peut y avoir des petites variantes. Les comparaisons sont faites sur exactement le même type de contenu entre chaque catégorie : les highlights et les « top 5 moments ».

Comparaison des audiences sur YouTube des vidéos « Highlights » entre chaque catégorie.

On démarre avec la comparaison des highlights. Le graphique représente la moyenne des audiences pour chaque catégorie. Les F1 Esports arrivent en tête de manière assez significative (+10,8% par rapport à la F3 et +16,8% par rapport à la F2). La comparaison est intéressante car, même si la F2 voit certainement sa moyenne diluée par un nombre de vidéos plus important (19 au total), les F1 Esports et la F3 sont sur une base quasi identique (9 vidéos contre 8). Dans tous les cas, il y a quelques pics, mais de manière général, les chiffres sont relativement proches de la moyenne générale pour les F1 Esports Series. Preuve de la curiosité et de l’intérêt du public.

Une explication assez simple est le spectacle en piste. Si l’on fait une comparaison directe sur le contenu même de la vidéo, les F1 Esports en environ 5 minutes de vidéo, comportent beaucoup plus d’action que la F2, F3 (ou même la F1) en moyenne (évidemment il y a toujours des exceptions, si l’on pense à Hockenheim en F1 par exemple).

Comparaison des audiences sur YouTube des vidéos « Top 5 moments » entre chaque catégorie.

Pas de « top 5 moments » pour la F3, la comparaison se limite ici entre les F1 Esports (moyenne sur 4 vidéos) et la F2 (moyenne sur 11 vidéos). Là encore les F1 Esports arrivent en tête, avec une audience moyenne 44,5% supérieure aux « top 5 moments » de la F2. Ce que nous avions aperçu lors du premier événement ne s’est pas amélioré.

Pour ma part, je pense que ceci devrait commencer à amener le sport automobile de manière générale à repenser sa formule et notamment le fond. Par le fond, j’entends la qualité du spectacle en piste, le show, les histoires/rivalités qui se créent. Bien entendu, ces chiffres sont à relativiser puisque les F1 Esports drainent l’audience des écuries de F1 réelles qui est très supérieure à celle des équipes privées en F2 ou F3. Argument qui de l’autre côté peut être contrebalancé par le fait que la F2 et la F3 sont vendus sur bien plus de canaux TV que les F1 Esports et pourraient donc avoir une audience supérieure mais il n’en est rien.

L’objectif ici, n’est pas de mettre en avant une vérité certaine mais de montrer que l’on peut se poser des questions sur l’utilité d’envoyer des voitures coûtant plusieurs millions la saison partout dans le monde, quand une vingtaine de simulateurs dans une salle de cinéma aménagée arrivent à faire davantage de visibilité sur le net, sur une même chaîne et pour un type de contenu strictement identique. Tout en considérant que les F1 Esports en sont seulement à leur troisième saison et que beaucoup de choses peuvent être améliorées.

Histoire de finir, petite comparaison avec les Worlds de Rocket League qui ont eu lieu il y a un peu plus d’une semaine. Audiences de la rediffusion sur YouTube : environ 450 000 personnes pour la finale. Pour les F1 Esports, la moyenne est de presque 370 000 viewers sur chaque show (-17,7%). Bien entendu Rocket League explose sur Twitch, là où la F1 a encore beaucoup de travail à faire pour développer son audience sur cette plateforme.

Pour autant, on est très loin du cliché, que j’ai pu entendre, d’un simracing faisant de très faibles audiences par rapport à d’autres compétitions esportives de renom. D’autant plus que les F1 Esports Series sont vendus à des chaînes TV (comme Automoto La Chaîne en France ou la Sky en Grande-Bretagne), ce qui n’est pas le cas de majorité des compétitions esportives. Bien-sûr que beaucoup de chemin reste à parcourir ! Mais en seulement trois années d’existence face à des disciplines ayant parfois 10 ans et plus d’expérience, il n’y a pas à rougir.

Bref, si vous entendez quelqu’un encore douter du potentiel du simracing en termes d’audience, vous aurez un petit paragraphe à transmettre désormais. 😉

Jarno Opmeer – L’une des bonnes surprises de cette saison, leader du team Renault F1.

Que retenir très rapidement de ce championnat ?

Le principal enseignement à mon sens de cette saison, et j’espère que c’est un ressenti que majorité d’entre vous partage, est le changement de mentalité du public auprès de « l’esport racing ». Pour être un vieux de la vieille (et oui à 26 ans dans l’esport, je suis presqu’un ancêtre), en 2017, première année du championnat, tout le monde rigolait de ces jeunes sortis de leur chambre, de jouer sur un jeu de bagnole plutôt que d’être dans une vraie voiture… sauf qu’en trois ans, les choses ont drastiquement évolué, les pilotes se sont affûtés physiquement, le show s’est perfectionné, les équipes sont entrées dans la danse et le spectacle est impressionnant.

Et c’est cette dernière donnée qui a sans doute le plus contribué cette année au succès des F1 Esports Series, quand on les compare au championnat « réel ». Fini les coups de milliards de développement dans une auto, les carrières guidées par le portefeuille des parents. Les F1 Esports Series ont mis au centre les pilotes et les personnes les entourant. Nous n’avons pas perdu l’essence du sport automobile, cette combinaison de talent et de développement de l’auto, mais dans un environnement beaucoup plus équitable. Il n’y a pas de débat sur les résultats aux F1 Esports Series car tous les facteurs sont maîtrisables à chances égales quel que soit le pilote ou l’équipe.

Sur cette pureté de la compétition, je vous invite d’ailleurs à consulter la vidéo de l’ami Depielo, qui relate de la finale des FIA Gran Turismo Championship à Monaco (je parlerai de ce championnat dans un prochain article d’ailleurs).

Bien entendu tout n’est pas encore au point, notamment sur le sérieux des équipes de F1. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, j’ai sorti un très gros dossier sur le sujet sur LinkedIn. C’est en anglais et vous demandera bien une vingtaine de minutes, mais la lecture en vaut le coup à en croire les premiers retours, que vous soyez simplement passionné ou que vous pensiez à vous lancer dans ce business.

Fin de saison à la Gfinity Arena de Londres.

2020, l’année de la révolution ?

L’année prochaine sera l’année de la confirmation pour les F1 Esports et les écuries. Il devrait y avoir encore plus d’événements qu’en 2019 et la pro draft devrait également être avancée en conséquence. Autrement dit les écuries vont devoir réagir très rapidement pour finaliser leur line-up. Pas mal de mouvements sont en train de se faire en coulisse et il y aura des gagnants et des perdants. Les quatre équipes de tête devraient continuer sur leur lancée, maintenant la pro draft cette année s’annonce de haut niveau, avec le retour de certains « cadors » et des jeunes talents ayant, pour le coup, montré d’excellentes choses en ligue.

Un dernier événement passé en compagnie de quelqu’un de vous connaissez bien. 2020 : l’année de l’autre côté de la barrière ?

Cela aura été un plaisir de partager avec vous cette saison 2019, rendez-vous désormais en 2020 pour la saison numéro 4 ! Prenez soin de vous, passez de très bonnes fêtes de fin d’année et à bientôt sur Au Rupteur !

Richard Arnaud