Alonso : des virages pour recharger la batterie, plus pour les chronos
12/03/2026
Interrogés sur les nouvelles monoplaces 2026, Pierre Gasly, Esteban Ocon et Fernando Alonso ont livré des avis nuancés sur le plaisir de pilotage. L’Espagnol a notamment regretté une évolution du défi en piste, certains virages servant désormais davantage à recharger la batterie qu’à faire des chronos.
Lors de la conférence de presse précédant le Grand Prix de Chine, Pierre Gasly, Esteban Ocon et Fernando Alonso ont été interrogés sur leur ressenti au volant des nouvelles monoplaces 2026 et sur le plaisir de pilotage qu'elles procurent.
Pierre Gasly a d'abord lancé la discussion avec une pointe d'ironie, laissant entendre que Fernando Alonso pourrait bien livrer une réponse marquante. "Je vais laisser un peu de temps à Fernando pour réfléchir au gros titre qu'il veut sortir." ("Yeah, I'll give Fernando some time to think about what headline he wants to come up with.")
Le pilote Alpine rappelle toutefois un point essentiel : les pilotes restent au volant des voitures les plus rapides du monde. "À la fin de la journée, nous conduisons toujours les voitures les plus rapides du monde. Donc pour moi, dès que je suis dans la voiture, dans le cockpit, derrière le volant, je vais toujours prendre du plaisir."
Le Français reconnaît cependant que ces nouvelles F1 représentent un défi différent. "Nous sommes passés des voitures les plus rapides du monde l'an dernier à quelque chose de très différent : un moteur très différent, un niveau d'appui très différent."
Gasly explique qu'il apprécie malgré tout ces monoplaces, tout en estimant que certains aspects pourraient évoluer. "Est-ce qu'il y a des choses que j'aimerais changer ? Oui, clairement. Est-ce que je peux donner une observation ou un retour objectif après un seul week-end de course ? Non."
Selon lui, il faudra attendre plusieurs Grands Prix avant de tirer des conclusions. "Donnons-nous quelques courses et je suis sûr que nous aurons la discussion avec la F1 pour voir comment les rendre plus amusantes pour tout le monde."
Il souligne également que la perception peut varier selon le point de vue. "Si vous demandez au gars qui était assis sur son canapé et qui a vu 120 dépassements dimanche, il aura probablement une vision différente."
Esteban Ocon met pour sa part en avant certains aspects positifs du comportement des monoplaces. "Le point positif, c'est la sensation de la voiture dans les virages. Pour moi, cela revient beaucoup plus à ce que c'était probablement en 2016, comme les bonnes voitures de 2016, les voitures de tête."
Le Français souligne également l'animation observée en course. "Même si c'était un peu chaotique, il y a eu plus d'action. Il y a eu plus de dépassements et plus de lutte roue contre roue pendant la course, ce qui est clairement positif."
Il reconnaît toutefois que certains aspects du pilotage restent limités. "Est-ce que c'est simple dans la voiture ? Non. Est-ce que le pilote peut faire suffisamment la différence avec son style de pilotage pour jouer des coups comme aux échecs ? Non. Et c'est probablement le point négatif pour le moment."
Fernando Alonso a ensuite proposé une réflexion plus large sur la question du plaisir de pilotage avec ces nouvelles monoplaces.
"Il faut probablement séparer deux choses. La première, c'est si nous aimons conduire ces voitures. Je dirais que oui, parce que nous aimons faire la course."
Le double champion du monde illustre son propos par sa propre expérience. "Chaque année, je fais quatre ou cinq courses de 24 heures avec des voitures de location ["24-hour races in rental cars"], juste pour vous donner une idée à quel point nous aimons courir. Si vous prenez une voiture de location pour faire une course de 24 heures, c'est parce que vous aimez ce que vous faites et que vous aimez conduire."
Dans ces conditions, monter dans une Formule 1 reste forcément une expérience particulière. "Quand vous sautez dans une Formule 1, évidemment vous prenez du plaisir à ressentir la vitesse et à relever le défi."
Mais selon l'Espagnol, la nature de ce défi a changé. "C'est un défi différent. C'est là que se situe la limite, pour savoir si ces voitures sont plus amusantes ou moins amusantes, et chacun aura son opinion parce que c'est un défi différent."
Alonso rappelle que certaines portions des circuits représentaient historiquement des moments où les pilotes repoussaient les limites physiques des voitures. "Nous avions l'habitude de nous battre pour notre vie dans le virage 12 à Bahreïn, dans les virages 9 et 10 à Melbourne — ou le virage 11, pardon — le premier secteur à Suzuka, la 130R, ou encore les virages 7 et 8 ici en Chine."
Dans ces passages, explique-t-il, les pilotes devaient exploiter toutes leurs compétences. "Il y avait toujours certains virages en Formule 1 qui mettaient la physique à l'épreuve, et le pilote devait utiliser toutes ses compétences et parfois aussi être courageux à certains moments."
Avec les monoplaces actuelles, la logique peut être différente. "Quand vous mettez des pneus neufs et que vous passez dans un virage à une vitesse que vous n'aviez jamais atteinte pendant les essais libres, ce défi disparaît d'une certaine manière."
Il résume alors la différence avec une phrase très claire : "Vous utilisez ces virages pour charger la batterie, plus pour faire le chrono."
Le pilote Aston Martin conclut en soulignant que le défi reste réel, mais qu'il n'est plus le même que par le passé. "C'est un défi différent pour ce que vous affrontez maintenant derrière le volant. Est-ce que c'est toujours amusant ? Oui, nous aimons faire la course."
Alonso reconnaît néanmoins une préférence personnelle. "Comme j'ai grandi avec l'autre version, où je me mettais au défi dans les virages, je préfère probablement l'ancienne."
Avant de conclure avec recul : "Mais j'ai eu énormément de chance de faire la course dans cette époque et je me sens toujours chanceux de courir aujourd'hui. Donc j'aime les deux."
Ces réflexions rejoignent d'ailleurs d'autres remarques entendues lors de cette même conférence de presse. Interrogé plus tôt sur la complexité de la gestion énergétique avec les monoplaces 2026, Max Verstappen avait répondu sur le ton de l'humour en expliquant qu'il s'entraînait désormais à Mario Kart plutôt qu'au simulateur.
Une boutade qui illustre néanmoins le débat déjà présent dans le paddock : avec la réglementation 2026, une part importante du pilotage repose désormais sur la gestion de l'énergie et des batteries, un aspect que certains pilotes estiment parfois prendre le pas sur le pilotage pur.
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