Aston Martin F1 face à un départ compliqué dans la nouvelle ère 2026

25/02/2026

Aston Martin F1 face à un départ compliqué dans la nouvelle ère 2026 - Crédit photo : Aston Martin F1
Crédit photo : Aston Martin F1 

Le lancement du cycle 2026 devait marquer un tournant pour Aston Martin en F1, portée par l’arrivée d’Adrian Newey et le partenariat avec Honda. Mais les essais hivernaux ont révélé un retard préoccupant, entre manque de roulage, problèmes de fiabilité et premières interrogations techniques.

Le début de saison F1 2026 d'Aston Martin s'ouvre dans un contexte sensiblement plus compliqué que ce que l'équipe de Silverstone espérait pour lancer son nouveau cycle. Depuis le rebranding de 2021, Lawrence Stroll a pourtant multiplié les investissements structurants, avec une usine modernisée, une soufflerie et un simulateur de premier plan, l'internalisation complète du châssis et de ses composants clés, ainsi que l'arrivée de profils majeurs comme Enrico Cardile et surtout Adrian Newey – référence quasi divine dans son domaine – à la tête du projet technique. À cela s'ajoute le partenariat moteur avec Honda, redevenu motoriste d'usine après ses succès récents avec Red Bull (effaçant le fiasco avec McLaren). Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour viser plus haut que le milieu de grille.

La réalité des essais hivernaux a cependant été nettement moins flatteuse. L'équipe est arrivée tardivement au shakedown de Barcelone, conséquence directe du calendrier d'intégration de Newey, qui n'a commencé à travailler qu'en mars de l'année précédente et a souhaité apporter de nombreux changements de fond. Cette arrivée tardive a comprimé les délais de mise au point d'une voiture entièrement nouvelle, conçue dans le cadre d'un règlement technique profondément remanié, et a exposé Aston Martin à un risque de mise en route difficile.

À Bahreïn, les signaux d'alerte se sont confirmés. L'écurie a signé le temps le plus lent de la semaine d'essais et, même si les chronos de pré-saison sont à manier avec prudence en raison des programmes et charges de carburant variables, l'écart observé – y compris face à un nouvel arrivant comme Cadillac – a surtout mis en lumière des problèmes plus structurels. La fiabilité du nouveau groupe propulseur Honda a lourdement pénalisé le roulage, empêchant l'équipe d'accumuler des données sur l'ensemble moteur-châssis. Avec un peu plus de 2100 kilomètres couverts contre plus de 6000 pour Mercedes, Aston Martin sort de l'hiver avec un déficit de kilométrage qui pèsera forcément sur l'apprentissage, dans un contexte où les essais en cours de saison n'existent plus et où chaque tour en essais libres compte.

En interne, le discours se veut lucide et pragmatique. Mike Krack reconnaît que le manque de fiabilité et de roulage complique sérieusement la tâche, d'autant que tout est nouveau, du moteur à la boîte de vitesses en passant par la suspension arrière. L'équipe sait qu'elle n'est pas au niveau de ses rivales à ce stade et que la priorité immédiate est de résoudre les problèmes un par un pour éviter de perdre davantage de terrain, dans un peloton qui, lui, continue d'avancer.

Le projet n'est toutefois pas remis en cause. Andy Cowell, figure clé de l'ère hybride chez Mercedes, s'est recentré sur le partenariat avec Honda pour accélérer la résolution des difficultés initiales, et l'historique du motoriste japonais rappelle qu'un départ compliqué n'exclut pas un redressement à moyen terme. Côté châssis, Newey a déjà planifié une première évolution dès l'Australie, avec un programme de développement agressif pour la suite de l'année, dans l'esprit des cycles de progression que l'on observe traditionnellement lors de l'entrée en vigueur de nouveaux règlements et dans la logique des dynamiques de rattrapage déjà observées par le passé, comme l'illustre le redressement opéré par McLaren avec sa MCL60 au cours de la saison 2023 après un début d'exercice très difficile.

Aston Martin aborde donc 2026 avec un retard réel, davantage lié à la fiabilité et au temps de piste qu'à un simple problème de performance brute. Des interrogations existent néanmoins aussi sur le potentiel de l'unité de puissance Honda. Selon plusieurs sources citées par BBC Sport, Adrian Newey aurait indiqué lors d'une réunion de la Commission F1 que le moteur japonais ne parvenait pas encore à récupérer l'énergie au seuil minimal de 250 kW prévu par le règlement, et encore moins au niveau supérieur de 350 kW applicable dans certaines conditions. Une information à prendre avec les précautions d'usage, mais qui illustre l'ampleur des défis techniques auxquels l'équipe est confrontée en ce début de cycle réglementaire.

La saison s'annonce dès lors comme un exercice de rattrapage permanent, où il faudra d'abord stabiliser la base technique avant de pouvoir exploiter pleinement le potentiel des moyens engagés. Le projet reste ambitieux et solidement financé, mais ce début de nouveau chapitre rappelle que, même avec des ressources importantes et des recrues de premier plan, la construction d'une équipe capable de jouer devant en Formule 1 demeure un processus long, exigeant et rarement linéaire.

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