F1 2019 : le pronostic de Pit Lane

Les trois coups de la 70e édition du championnat du monde de Formule 1 seront donnés dans quelques heures. En attendant, tous les amoureux de la discipline reine essayent tant bien que mal de dresser une première hiérarchie. Exercice inutile mais tellement attirant.

Bien malin celui qui pourrait prédire avec précision la véritable hiérarchie de la prochaine saison de F1. L’exercice est délicat, si pas impossible. Les variables d’ajustement sont nombreuses : quantité de carburant, mode moteur, pneumatiques, conditions climatiques différentes de celles rencontrées durant un Grand Prix, etc. Tirer la moindre leçon des essais hivernaux relève donc de la gageure. Mais le jeu est électrisant. Tentons donc tout de même ce pari hasardeux, juste pour le plaisir.

Le haut de la grille

En ce qui concerne le trio de tête, les forces en présence resteront les mêmes. La Scuderia Ferrari a réalisé des essais impressionnants et affiche un niveau de compétitivité prometteur. Les simulations de qualification et de course suggèrent que la formation italienne dispose d’une petite marge sur ses concurrents. Le comportement de la monoplace semble par ailleurs très sain, tant en courbes rapides et moyennes que pendant le freinage. Pour certains aérodynamiciens, Ferrari aurait mis le doigt sur LE bon concept d’aileron avant. D’aucuns les considèrent dès lors comme les favoris pour décrocher les deux couronnes. Seule ombre au tableau : des problèmes de fiabilité (refroidissement et souci électrique) qui pourraient mettre des bâtons dans les roues de la SF90.

Mercedes est, quant à elle, en embuscade. Certaines analyses indiquent que la W10 accuserait jusqu’à une demi-seconde de retard sur la Ferrari. Je n’y crois pas un seul instant. La dernière-née de Brackley affiche certes un comportement parfois très différent d’un virage à un autre, mais le nouveau package aérodynamique semble avoir corrigé une partie de ses maladies de jeunesse. Et Mattia Binotto en est bien conscient : « Il serait complètement erroné de croire que nous sommes aujourd’hui plus rapides qu’eux ». La bataille devrait faire rage pour le titre.

Du côté de Red Bull, difficile de les situer. Le voyage de noce avec Honda s’est déroulé à merveille, mais la relation entre les deux partenaires résistera-t-elle quand viendra le moment de pousser la RB15 dans ses derniers retranchements ? La fiabilité semble en tout cas au rendez-vous , et le talent des ingénieurs de Milton Keynes pour construire un châssis  n’est plus à prouver. Mais le manque de flamboyance durant les essais hivernaux laisse à penser que Red Bull est encore un cran en-dessous de ses deux concurrents directs.

Le haut du milieu de grille

Soyons honnête : déterminer la hiérarchie en milieu de grille nécessite une boule de cristal. Rarement le second peloton n’a semblé aussi serré. Dans ce grand bazar que sont les essais hivernaux, Renault n’a pas vraiment impressionnée. Que ce soit au niveau des temps, ou du comportement de la RS19. Pourtant, l’écurie française s’affiche comme une concurrente sérieuse pour ravir le titre honorifique de « best of the rest ». Pourquoi ? Parce que dans ce sport, la course au développement est la clef.  Les ressources de Renault sont plus élevées de celles de ses concurrents et cela pourrait bien faire la différence.  D’autant plus que le moteur de Viry-Châtillon aurait gagné environ 40 chevaux cet hiver.

En cinquième place, Haas devrait donner du fil à retordre aux français. L’écurie de Gunther Steiner a signé une performance qui est passée inaperçue le denier jour des essais, comme la très justement remarqué Karun Chandhok. Romain Grosjean a ainsi parcouru le tracé catalan en 1 :17.575 équipé des pneus C3. Ce qui signifie que théoriquement, la VF19 aurait pu tourner en 1 :16.117 avec les gommes C5. En attendant, Haas devra être capable de maintenir un rythme de développement soutenu au-delà de la première partie de la saison, ce qui a toujours été son défaut jusqu’au aujourd’hui.

Le bas du milieu de grille

Derrière, Alfa Romeo, Toro Rosso et McLaren se tiennent dans un mouchoir de poche. La formation d’Hinwill pourrait cependant jouer les trouble-fêtes. Le châssis de la C38 est sain et particulièrement stable, comme nous l’analysions ici. Ce qui n’a rien d’étonnant, lorsqu’on sait qu’elle partage la même philosophie aéro que sa cousine italienne.

Du côté de Faenza, la STR14 se montre fiable et véloce. Gary Anderson, d’Autosport, la place même comme la quatrième force du plateau ! Une chose est certaine : Toro Rosso réalisera une meilleure saison que l’an dernier. Mais le duo Kvyat-Albon ne rassure pas. Parviendront-ils à concrétiser ? Rien n’est moins sûr.

Chez McLaren, mystère et boule de gomme. Capable de claquer un chrono, la MCL34 s’est aussi faite remarquée pour sa fiabilité aléatoire et un train arrière qui laisse à désirer en virage. On se rassurera en se disant que la nouvelle monoplace de Woking semble mieux née que l’exécrable MCL33. Suffisamment pour faire mieux que l’an dernier ?

En tout état de cause, le milieu de grille sera l’une des attractions phares de cette saison de F1. Selon la plupart des estimations, seuls cinq dixièmes d’écart séparent les formations de seconde partie de tableau. De quoi offrir un spectacle qui vaudra le détour.

En bas de grille

Tout en bas de la hiérarchie, difficile de ne pas songer à Racing Point et Williams. Mais feu Force India sera bien plus haut sur la feuille des temps de Melbourne que ne le laisse présupposer les essais. L’écurie de Lawrence Stroll s’est en effet montrée particulièrement prudente durant les tests hivernaux, la faute à un manque de pièces de rechange. Des grosses évolutions sont prévues pour le premier Grand Prix, et c’est à ce moment précis que l’on mesurera le vrai niveau des Pink Panthers. Gardons en tête que l’efficacité est devenue la marque de fabrique de l’écurie, dont le rapport budget/résultat fait des envieux. Avec la manne financière de Stroll, Racing Point pourrait à nouveau se positionner comme une redoutable rivale.

Enfin, comment ne pas évoquer le naufrage de Williams ? Shakedown annulé, deux journées et demie d’essais ratées et un directeur technique mis sur la touche – pardon, en congé pour raisons personnelles. Pire, les rétroviseurs et la suspension avant de la FW42 ont été jugé illégaux par la FIA. La mythique écurie anglaise doit revoir sa copie avant l’Australie, au risque d’être disqualifiée si elle se présente avec une monoplace non conforme. Un cauchemar sans nom. La saison va être longue, très longue.

Ca donne quoi Docteur ?

En résumé, le pronostic avant le Grand Prix d’Australie :

  1. Ferrari
  2. Mercedes
  3. Red Bull
  4. Renault
  5. Haas
  6. Alfa Romeo
  7. McLaren
  8. Toro Rosso
  9. Racing Point
  10. Williams

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